
En tant que photographes amateurs, nous n'avons pas de pression financière, pas ce besoin impératif de vendre nos images pour vivre et faire vivre notre famille. Et ça c'est une vraie liberté ! Si on arrive à gagner de quoi financer notre matériel, c'est déjà sympa !
En tant que passionnés, nous avons cette envie de partager nos images et, soyons honnêtes, d'un peu de reconnaissance de la part de nos pairs.
Mais, même si nous faisons des images d'abord pour le plaisir, il ne faut pas que ça nous pousse, par naïveté ou quête de reconnaissance, à devenir les pigeons de systèmes bien huilés. Petit tour d'horizon des pratiques à risque ...
L'argumentaire des microstocks est assez simple : ils proposent des images à des coûts très faibles (quelques euros) et promettent aux photographes des volumes de vente très importants, qui sont supposés compenser le faible bénéfice par image.
Dans les faits, ils ont trouvé le moyen de faire faire le boulot d'iconographe par les clients et les fournisseurs et se contentent d'empocher les bénéfices. Lorsque vous déposez une photo sur un microstock, vous devez lui assigner des mots-clés qui permettront ensuite au client potentiel de retrouver l'image dans leur recherche (dans une agence « standard », des iconographes se chargent de référencer correctement les images mais aussi de proposer aux clients une sélection d'images correspondant à leurs souhaits).
Ce qui ne change pas, c'est que le microstock se prend une commission sur chaque vente (en moyenne 50% du prix de vente, ce qui est aussi le cas dans les agences traditionnelles).
Mais surtout, le placement de vos photos sur un microstock a toutes les chances de ne vous apporter ni notoriété ni argent. A 1€ (et je suis gentil) de revenu par image vendue, il va en falloir des images pour financer le prochain boitier ... D'autant plus que, même si un microstock comme Fotolia se targue de vendre 30 000 images par jour, ça ne fait que 5 images par membre et par an (ou même pas 1 vente par an pour chacune des images du stock). En revanche, eux ils prennent leur commission à chaque fois : 30 000 par jour, ça fait 10 000 000 par an ... avec 1€ de com. à chaque fois, pour une PME de 3 personnes c'est plutôt pas mal.
Quant à la notoriété, qui regarde les crédits photos dans un magazine ou dans un livre ?
Voilà la dernière trouvaille de ceux qui trouvent que les microstocks sont encore trop chers : organiser un concours photo et glisser dans le règlement une clause qui stipule que les participants s'engagent à céder leurs droits sur les photos présentées, pour tous usages et pour une période qui varie en général de un à deux ans. Les mairies, conseils régionaux et autres offices de tourisme sont très forts à ce petit jeu : un moyen rapide et pas cher pour illustrer les dépliants touristiques. Certains magazines à grand tirage s'y sont aussi essayé (voir les « affaires » ici ou là).
C'est le moyen idéal de se constituer une banque d'image, sur un sujet précis (le « thème » du concours) et à moindre coût (au mieux quelques milliers d'euros quand ils récupèrent des dizaines de milliers d'images).
Autant dire que d'un point de vue revenu, le jeu n'en vaut pas la peine. Idem pour la notoriété car tout le monde se fout royalement que vous ayez remporté le premier prix du concours de Boullay-les-Troux (toutes mes excuses à cette charmante commune de l'Essonne, mais ce nom ...).
Je ne sais pas pour vous, mais moi, je supporte assez mal qu'on se goinfre sur mon dos. Si je n'ai rien contre le fait d'autoriser une association à utiliser gratuitement une photo, il n'y a pas de raisons que mes images enrichissent plus les autres que moi. Même si je les fait d'abord pour le plaisir et qu'elles ne m'ont rien couté (à part du temps pour la prise de vue et le traitement, l'essence pour aller sur le site, l'amortissement du matériel, l'électricité du PC, etc.).
Ceci d'autant plus qu'il est possible de rêver de notoriété et d'un peu de revenu sans se faire couillonner.
Question notoriété, le pied ce serait d'être primé à un « grand » concours : Montier en Der, le Wildlife Photographer of the Year, le GDT, Namur, la Gacilly... ces concours photo sont reconnus, fréquentés aussi bien par les pros que les amateurs et y être primé c'est un peu comme monter les marches du Festival de Cannes. Sans oublier que les règlements de ces concours respectent les droits des photographes.
Plus modestement, rien n'empêche de se frotter à de très bons photographes sur les concours des forums. Il n'y a rien à gagner mais ça fait du bien à l'ego.
Coté revenus, si vous pensez que vos images peuvent vous permettre de gagner un peu d'argent, pourquoi ne pas les proposer à une VRAIE agence. Pour la photo nature, les agences Bios et Naturimages font référence (je travaille pour ma part avec la seconde). Les conditions d'entrée sont peut-être plus strictes, mais au moins vous saurez si vos images sont vendables. Et une seule vente vous rapportera probablement plus qu'une année sur un microstock.
Vous l'aurez compris, le débat pro Vs amateurs n'a pas lieu d'être à mon sens. Il s'agit simplement de savoir si on a un minimum de respect pour son « travail » et soi-même. Brader ses images – consciemment ou pas – c'est reconnaître implicitement qu'elles ne valent pas grand-chose. Est-ce vraiment votre avis ?
Quelques articles pour ceux qui veulent creuser le sujet :
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